NASTVRTIVM. Eva May Chan.

.

17 juin 2012

UPDATE

Je suis maintenant ici :

http://evamaychan.com/blog


08 juillet 2010

HORROR VACUI

nn8adb79

Il y a cet homme tout à fait excitant là où je travaille. Le genre de virilité qui plaît à toutes les femmes, la taille gracile, le sourire enjôleur et la mèche rebelle. Lorsqu'il descend, tous les regards convergent vers lui, il possède cette assurance et ce panache de Lovelace qui mettent si vite les gens en confiance. Tous les jours, il s'accoude sur mon bureau et me demande si j'ai du courrier pour lui, sans me quitter des yeux. Je me passe la main droite sur le cou, chose que je fais inévitablement lorsqu'un garçon me plaît et je me lève pour le lui remettre. Je sens son regard par dessus mon épaule et en ces instants précis, je ne suis plus matière. J'ai l'impression d'être une je-ne-sais-quelle particule flottante, sans coeur ni sang. La convoitise des autres a un effet dévastateur sur moi. A l'heure où j'écris ceci, il fume dehors d'une manière trop désinvolte pour être vraiment innocente et je lui lance de furtives œillades à travers l'immense miroir qui me fait face. Il me les rend au centuple, enfile ses Clubmasters et se recoiffe d'un geste olympien. Quel être obscène et insupportable. A chaque fois qu'il ouvre la bouche, j'ai l'impression qu'il va m'inviter à dîner et j'essaie de me demander quel mensonge éhonté je vais bien pouvoir inventer pour décliner. Pourtant les choses pourraient être simples avec lui. Il réserverait une table au Maxim's à deux pas d'ici et lorsque je lui dirais Pommery first, Pommery last ! il se fendrait d'un rire idiot sans avoir réellement compris. Après avoir commandé, il poserait ses coudes sur la table, s'avancerait vers moi et me demanderait de lui parler de mes passions, de ma vie et de mes rêves. Insulte-moi en insinuant que je suis le genre d'être qu'on peut résumer en deux phrases. Mais je lui sourirais et je lui dirais ce qu'il veut savoir. Il me répondrait que c'est fascinant, comme le font les gens qui se foutent complètement de ce que vous dites mais qui ne perdent pas de vue l'idée de vous flatter. A la fin du repas, je complimenterais le chef sur son suprême de canette de Challans, j'insisterais pour régler ma part et il me lancerait que je pourrais l'inviter au prochain rendez-vous si cela me fait vraiment plaisir. Au prochain rendez-vous. Ces hommes sont si peu subtils.
En sortant, nous longerions la Seine, de l'Assemblée Nationale au quai d'Orsay, et il m'inviterait à terminer la soirée chez lui, dans son duplex rue du Bac. Canapé blanc Habitat impeccable, sans aucune tache de vin, sans aucune paire de chaussettes roulée en boule sur le tapis, une véritable vitrine. Je dirais qu'il est du genre vin rouge corsé. Un Châteauneuf-du-Pape ou un Grand Bordeaux. Il me demanderait ce que je veux écouter. Les Variations Goldberg par Glenn Gould. Avec le même sourire stupide de l'homme qui n'a pas compris, il finirait par mettre Massive Attack et venir s'asseoir à côté de moi. La suite semble logique. Les deux premières secondes de vertige avant un premier baiser, ma main dans son brushing impeccable, les boutons de manchette balancées sur le tapis de laine mélangée, la guêpière arrachée, le jeter de ceinture et mon chapelet qui tressaute au rythme de ses coups de reins. Mon Dieu, tout ça m'ennuie d'avance. Il faut que je me fasse à cette cruelle conclusion : les hommes susceptibles de me plaire et de ne pas me lasser ne se trouvent pas rue Royale. Ils sont ces démons que l'on m'envoie et que l'on m'arrache une fois éprise.

79rt854m